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SITUATION GEOGRAPHIQUE

Le marais de Kaw (4° 37′ N, 52° 06′ O) est une vaste étendue marécageuse située en Guyane française, à proximité (90km) de Cayenne. Il est limité par la rive du Mahury à l’ouest, et par le fleuve Approuague au sud-ouest, dont il englobe une partie de l’estuaire. Il contourne la montagne de Kaw, et se superpose en grande partie avec la réserve naturelle nationale des marais de Kaw-Roura, tout en s’étendant dans l’Atlantique jusqu’à la réserve de l’île du Grand Connétable.

Carte du marais de Kaw ©INPN

Sa surface de 137 000 ha, plus vaste zone humide de France, se présente comme un immense marais herbacé, en arrière d'une large vasière colonisée par la mangrove et de forêts marécageuses. Elle est drainée par de petites rivières, principalement la rivière de Kaw, ses affluents et la Crique Angélique, bordées de savanes et de forêts inondables, et ponctuée de mares d'eau libre. La diversité des milieux humides rencontrés et leur continuité avec le bassin amazonien lui confèrent une très grande richesse floristique et faunistique, qui, avec son étendue, en fait un site unique.
Le trait de côte du marais présente une instabilité particulière liée aux dépôts d’alluvions argileux provenant de l’Amazone et aux variations des courants marins. Dans le marais, la hauteur d’eau très fluctuante dépend des marées océaniques et du régime des pluies, une grande partie étant exondée durant la saison sèche puis inondée en saison des pluies.

Marais de Kaw ©Colline Boiledieu 2018

La présence humaine, très faible dans ces vastes marais, se localise principalement aux alentours du village de Kaw où la pêche et le tourisme sont les activités principales.

 

FAUNE ET FLORE

Flore

Plusieurs formations et groupements végétaux peuvent être distingués. Ils sont directement liés aux types de sols et aux conditions de drainage. L'uniformité du climat dans toute la plaine dépourvue de reliefs, ne joue, en effet, aucun rôle sur la distribution de ces groupements.

Pneumatophores de l'Avicennia germinans © Pôle-relais zones humides tropicales

Les principaux écosystèmes rencontrés correspondent à des forêts marécageuses à palmiers pinot (Euterpe oleracea), des mangroves côtières à palétuviers blancs (Avicennia germinans), des forêts galeries à Mauritia Flexuosa, des prairies flottantes caractéristiques de la région à Cypéracées (Eleocharis sp), des savanes basses marécageuses à Moucou-moucou (Montrichardia arborescens), qui ferme le milieu et bloque fréquemment les déplacements en pirogue, avec quelques graminées (Echinochloa polystachya) et parfois des formations arbustives avec des «pruniers» (Chryssobalanus icaco).

Forêt de palmiers pinots (Euterpe oleracea) en Guyane © Denis Gaschignard
Pieds de moucoumoucou (Montrichardia arborescens) colonisant un plan d'eau de Guyane © Conservatoire du littoral

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus de 260 espèces ont été recensées dans les savanes et sur la rivière de Kaw, dont une orchidée figurant parmi les espèces patrimoniales et sur la liste des plantes protégées de Guyane, Habenaria longicauda.
C’est également la région d’origine de la jacinthe d’eau (Eichhornia crassipes), qui y est régulée naturellement, sans doute par des communautés d’insectes et plus anecdotiquement par les lamantins.

Faune

Le marais de Kaw abrite l’une des dernières populations viables de caïmans noirs (Mélanosuchus niger) (VU, liste rouge de l’UICN). Ce crocodilien, plus grand prédateur d’Amérique du Sud, pouvant mesurer jusqu’à 6 m, a une activité plutôt nocturne et une alimentation opportuniste. Chassé pour son cuir et sa viande, son habitat (les marais du bassin amazonien) détruit pour des besoins agricoles et forestiers, il n’a pu faire face en de nombreuses zones à la compétition, en particulier avec le caïman à lunettes. Dans les marais de Kaw, sa population semble viable.

Jeune caïman noir ©Colline Boiledieu 2018

On peut également rencontrer dans ces marais des caïmans à lunettes (Caiman crocodilus), sans doute les plus communs, aux habitats assez diversifiés, et aux alentours, des caïmans plus forestiers dont les femelles vont pondre dans des tas d’humus (ou même dans des termitières pour les caïmans gris), les caïmans rouges (Paleosuchus palpebrosus) et des caïmans gris (Paleosuchus trigonatus). Ces 4 espèces sont remarquables par les soins apportés aux petits, dès l’éclosion et pendant plusieurs mois.

 

De nombreuses espèces d'oiseaux se nourrissent dans le marais de Kaw, y migrent ou s'y reproduisent.

Grande aigrette ©Colline Boiledieu 2018

La zone centrale du marais est un sanctuaire dont les bosquets accueillent des colonies reproductrices d’oiseaux d’eau. On y rencontre plusieurs centaines de milliers de limicoles nord-américains en migration postnuptiale, plusieurs espèces nicheuses d'Ardéidés comme le Héron cocoï (Ardea cocoï), la Grande Aigrette (Egretta alba), l’Aigrette bleue (E. caerulea), le Bihoreau violacé (Nycticorax violacea), et des espèces comme le Cormoran olivâtre (Phalacrocorax olivaceus) et l’Anhinga d’Amérique (Anhinga anhinga).

Quetzalcóatl, la légende du Serpent à plumes

 

Le Grand Connétable, île située au large de l'estuaire de l' Approuague, abrite plus de 20 000 oiseaux de mer dont une centaine de Noddis bruns (Anous stolidus).

Notons encore la présence de nombreux rapaces (plus de 20 espèces) telle la Buse ardoisée (Leucopternis schistacea) strictement inféodée à ces forêts inondables du nord-est de la Guyane et la buse a tête blanche (Busarellus nigricollis), fréquemment observée mais menacée.

Buse à tête blanche ©Bart van Dorp 2014

Parmi les espèces emblématiques, on trouve une espèce relictuelle, localement abondante mais menacée car strictement dépendante de son milieu, oiseau unique caractéristique des marais: l'hoatzin (Opisthocomus hoazin), unique représentant de sa famille et oiseau aux caractéristiques primitives d'un intérêt scientifique exceptionnel.

Hoazin huppé, Jurassique Piaf

Enfin, le marais de Kaw abrite la plus grande colonie de hérons agamis (Agamia agami) connue à l’heure actuelle. Avec 2200 couples nicheurs dénombrés en 2003, il s’agit d’un des 6 seuls sites de nidification répertoriés.

Parmi les nombreuses espèces de Mammifères appartenant à des groupes variés, on note la présence de loutres géantes (Ptenonura brasiliensis) et de lamantins (Trichechus manatus), espèces menacées citées sur la liste rouge de l’UICN et protégées.

Loutre géante ©Colline Boiledieu 2018

De grands troupeaux de zébus (Bos taurus indicus) sont présents en élevage extensif sur le site.

Les marais sont également des zones de frayère des poissons « Atipa » ( Hoplosternum littorale, Megalechis thoracata et Callichtys callichtys), et les mangroves sont importantes pour le cycle des crevettes (Penaeus sp).
La partie marine du Connétable abrite une population de Mérous géants (Epinephelus itajara), espèce gravement menacée d’extinction.

Mérou géant face à Paul O'Dell ©National Park Service 2011

HISTOIRE

Les premiers habitants de la région de Kaw étaient des Amérindiens. Les vestiges (roche gravée) d’un village, sur la montagne Favard, ont été datés au carbone 14 à 170 – 380 ans après J.C. 

Roche gravée de Favard sur les marais de Kaw ©Marie J-Patrimoine de France

En 1596, le premier européen, le capitaine Keymis, arrive dans la région de Kaw et rencontre les tribus Amérindiennes Caribs et Yaos, appartenant toutes deux au groupe ethnique Galibis.
A partir du XVIII siècle, les premières implantations coloniales sonnent le début du déclin des Amérindiens qui sont soumis au commerce de traite et décimés par les maladies européennes.
L’exploitation des Amérindiens sera interdite dans les années 1786-89, des centaines d’esclaves africains sont alors amenés dans la région. Parallèlement, l’épuisement des cultures sur les « terres hautes » a été un facteur déterminant pour leur abandon, et il est alors envisagé d’assécher les marais, en poldérisant les rives de l’Approuague, de la Courouaïe et de la rivière de Kaw.
Sur les « terres basses » ainsi conquises, on cultive du café, du coton, des vivres, de l’indigo et parfois du roucou (arbuste dont les graines rouges étaient utilisées pour la fabrication de teinture).
La révolution française provoqua l’exil des colons nobles, nombreux dans la région, et l’abandon des habitations. La première abolition de l’esclavage en 1794 participa également à la fragilisation des exploitations.
Au XIXe siècle, les exploitations renaissent largement favorisées par le rétablissement de l’esclavage en 1802. Contrairement au siècle précédent, la canne à sucre devient la culture dominante à cette époque. Diverses épices, comme le poivre ou la vanille, font également l’objet de cultures.

L’abolition définitive de l’esclavage en 1848, met fin aux exploitations agricoles. Le village de Kaw, situé sur un îlot sableux au milieu du marais, fut créé par les esclaves émancipés de cette région. Les bambouseraies des collines bordant la rivière de Kaw matérialisent les anciennes habitations des colons.
Au début du siècle, l’accès au village de Kaw se faisait soit par la mer, soit par un chemin forestier. Dans les années 80, suite à un naufrage dramatique qui a décimé une partie d’une famille de Kaw, un chemin carrossable (CD6 devenu RD6) a été construit, qui sera ensuite goudronné, facilitant l’accès à Kaw.

Village de Kaw aujourd'hui ©Bernard Dupont 2018

Le village de Kaw est habité aujourd’hui par une trentaine de personnes d’origine Créole, Brésilienne et Surinamaise.

 

ENJEUX ET MENACES

C'est un site privilégié pour de nombreux chercheurs et pour les visiteurs, attirés par la faune et les paysages insolites de la région.
Une plateforme flottante a été installée pour le suivi hydrologique du marais de Kaw dans le cadre du PNRZH (Programme National de Recherche des Zones Humides), elle permet d’accueillir des chercheurs en vue de réaliser les inventaires faunistiques et floristiques jusqu’ici inexistants dans cette zone quasi inaccessible.
Toutefois, certaines perturbations menacent la richesse biologique des marais : le manque de gestion de la ressource piscicole, le non-respect de la réglementation sur les biotopes et les espèces protégées et comme partout en Guyane le risque de contamination de l’eau aux métaux lourds suite à l’orpaillage illégal.

Mais la première cause de perturbation est la fréquentation touristique, concentrée sur la rivière de Kaw, qui semble occasionner un dérangement pour les populations menacées régulièrement dérangées, capturées et manipulées, et dont le milieu se trouve dégradé. Les populations de caïmans noirs sont particulièrement sensibles à ces perturbations, les adultes se repliant dans les zones les plus reculées, mais le problème peut également se poser pour les oiseaux piscicoles en période de nidification.

 

PROTECTION

Le marais de Kaw est classé site Ramsar depuis 8 décembre 1993.

Marais de Kaw ©Colline Boiledieu 2018

La réserve naturelle, créée en 1998, couvre 95 000 ha du site. Sa réglementation a pour objet de contrôler les activités se déroulant sur son territoire afin de protéger le milieu et les espèces. Avec la création du parc naturel régional, gestionnaire du site, en 2001, une démarche s'est engagée pour développer des activités tournées vers la conservation et la valorisation du patrimoine naturel dans le respect de l'environnement. Des recherches scientifiques et divers suivis (Agami, loutres géantes, moucou-moucou) sont en cours, et portent sur le fonctionnement des écosystèmes et sur la cohabitation homme – espèces dans ces milieux.

 

 

VISITER LE SITE

La maison de la réserve, située au village de Kaw, accueille les visiteurs qui y trouvent une exposition commentée sur les marais, leur faune et flore. Ponctuellement, des réunions des équipes de la réserve nationale ou des réunions impliquant les habitants s’y déroulent, elles visent à améliorer les suivis scientifiques et communiquer/réfléchir aux actions avec les habitants du village.

Maison de la réserve naturelle de Kaw-Roura ©PRZHT

Entre 22h et 6h, les embarcations à moteur sont interdites.
Pour la protection des caïmans, les embarcations touristiques à moteur ne doivent pas quitter le lit mineur de la rivière (sauf autorisation et moteur levé et arrêté).
Adaptez votre vitesse pour ne pas perturber la faune et le milieu naturel.
Circulez à 3 nœuds (la vitesse d’un marcheur) à l’approche d’autres embarcations et à moins de 150m des débarcadères.
Attention aux pêcheurs et aux filets de pêche

Le PNR est géré par un syndicat mixte constitué des collectivités locales y participant.
Adresse :
31, rue François Arago,
BP 539,
97300 Cayenne
tel. : 05 94 28 92 70

SOURCES