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Mangrove de Sainte-Anne (Guadeloupe) : une mortalité piscicole inquiétante

Juillet 2021 : Depuis plusieurs jours, de nombreuses images et vidéos filmées par des particuliers circulent sur les réseaux sociaux. Ces derniers, interpellés par la présence de dizaines de poissons morts dans un cours d’eau situé entre Bois jolan et le Helleux sur la commune de Sainte-Anne, ont décidé de partager leur inquiétude au plus grand nombre. 

L’écologiste guadeloupéen Harry DURIMEL, fut l’un des premiers à réagir, qualifiant ce phénomène, survenu le samedi 10 juillet, de “véritable catastrophe écologique”. Accompagné par l’association REV Guadeloupe (Rassemblement Ecologiste et Volontariste) et sa présidente Mme ARCONTE, ils ont décidé de porter plainte en vertu du principe de pollueur-payeur. « Nous allons déposer plainte. Ce type de problème est récurrent. On accuse la CARL, le SIAEAG, l’Ephad, les grosses villas du coin… Il faudra une enquête. On détruit la mangrove ». Telle est la déclaration recueillie auprès de Mme ARCONTE.  

Le parquet a donc été saisi et une procédure judiciaire est en cours. 

Ces propos, ainsi que les inquiétudes partagées par les riverains, ont été maintes fois relayés, parvenant ainsi à Monsieur le maire de la commune, M. Christian BAPTISTE. Ce dernier, ayant sollicité les acteurs compétents dans les domaines de l’eau et de l’environnement (la DEAL : Direction de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, l’ARS : Agence régionale de la Santé, l’OFB : Office français de la biodiversité, l’ONF : Office national des forêts, le Conservatoire du littoral, le SIAEAG : Syndicat Intercommunal d’Alimentation en Eau et d’Assainissement de la Guadeloupe et la CARL : Communauté d’Agglomération de La Riviera du Levant) s’est rendu sur place afin d’établir un constat de la situation.   

La question qui est sur toutes les lèvres : s’agit-il d’une pollution des eaux ou d’une maladie touchant les poissons ?  

Afin de répondre à celle-ci, des échantillons d’eau et de poissons (vraisemblablement des tilapias) ont été collectés. Pour Antonny Grolleau, chef de service départemental de l’OFB en Guadeloupe, la pollution pourrait être due à un cumul de facteurs : une forte température provoquant une importante évaporation et donc une baisse de l’oxygénation de l’eau (mortalité principalement de poissons adultes) ajoutée à un écoulement du poste de refoulement se trouvant à proximité. 

Pour Monsieur le maire, plusieurs causes pourraient expliquer cette situation : un disfonctionnement d’une pompe de refoulement, le déversement de produits chimiques (via un acte malveillant), voire la combinaison de ces deux facteurs. Par ailleurs, il indique qu’un « signalement avait également été adressé à la CARL et au SIAEAG quant au dysfonctionnement de ce poste de refoulement des eaux usées« . Le maire de la commune ajoute qu’une analyse de l’eau avait préalablement été requise auprès de l’ARS depuis le 19 août 2020. 

Pour les riverains et habitués de la zone, cette station de relevage serait défectueuse et polluerait le site depuis maintenant 3 ans, avec des débordements continus depuis plus d’un an et demi. 

A ce jour, aucune information n’a été communiquée du côté du SIAEAG ou de la CARL. 

En attendant les résultats des analyses et de l’enquête en cours, un arrêté d’interdiction temporaire de baignade (s’appliquant également aux activités nautiques) a été pris par monsieur le maire, à la plage de l’anse Gros Sable, et ce jusqu’à nouvel ordre. .   

 

Que faut-il en conclure ? 

Les eaux usées seraient (maintenons pour l’instant le conditionnel) les grandes responsables de ce désastre. Mais qui doit en assumer la responsabilité ? 

Ce problème des eaux usées n’est un secret pour personne en Guadeloupe. Ce type de pollution est malheureusement monnaie courante sur le territoire où la grande majorité des stations d’épuration ou des postes de relevage dysfonctionnent. Sans oublier que ces disfonctionnements sont à la fois publics (comme énoncé auparavant) mais également privés (résidences, lotissements, maisons individuelles). C’est pourquoi on se heurte à un véritable casse-tête quand il s’agit de sanctionner car les responsabilités sont (à tort ou à raison) souvent réparties entre les différentes parties prenantes (Collectivités territoriales compétentes en matière d’eau et d’assainissement, entreprises, responsabilités individuelles des citoyens), donnant souvent lieu à d’interminables “renvois de balle”… 

Mais l’enquête actuellement menée par l’OFB, pour le compte du parquet de Pointe à Pitre, devrait livrer prochainement ses conclusions. A noter que l’Etat dans ce genre de dossier n’a pas compétence sauf en matière de contrôle et de poursuite. Depuis quelques années en Guadeloupe (4-5 ans), les parquets sont de plus en plus sollicités et moteurs sur ce type d’affaire.

Voir ci-après une vidéo filmée par André-Jean VIDAL : visionner