Typologies

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Une typologie est une analyse qui permet la classification de plusieurs éléments en entités distinctes. Cette classification peut aussi bien porter sur les individus d’une espèce, des milieux ou des phénomènes naturels.

Plusieurs typologies préétablies existent concernant les zones humides : typologie Ramsar, typologie EUNIS des habitats naturels à l’échelle européenne, typologie du Muséum national d’histoires naturelles (MNHN), etc. Chacune de ces typologies se distinguent des autres de par les termes employés pour classer tel ou tel type de zones  humides. Ainsi, elles emploient différentes catégories pour désigner un même type de milieu : par exemple, pour le type d’habitat « mangrove », la typologie Ramsar utilise la catégorie « zones humides marines/côtières – Code i – Zones boisées intertidales ». Quant au MNHN, il distingue pour cet habitat la « mangrove à Avicennia germinans (arrière mangrove) », la « mangrove à Laguncularia racemosa » et la « mangrove à Rhizophora mangle ».

Des correspondances existent entre certaines typologies, permettant ainsi de trouver des champs équivalents – mais pas nommés ni codés de la même manière – pour un même type d’habitat.

La typologie ci-dessous n’est pas une typologie officielle mais correspond à un classement exhaustif des différents types de milieux humides de l’Outre-mer tropical français

Mangrove

 On désigne par le terme de mangrove les formations arborées qui évoluent, à de rares exceptions près, dans la zone intertidale des littoraux tropicaux. La mangrove se compose principalement de palétuviers, soit des espèces d’arbres adaptées aux conditions de vie du milieu.

La mangrove est un écotone, soit un espace de transition entre des écosystèmes terrestres et des écosystèmes marins. Ainsi, la mangrove est soumise aussi bien à la dynamique côtière (courants de marée, flot, jusant, etc.) qu’aux différents processus d’origine terrestre (flux d’eau douce charriant nutriments et sédiments). Ce type d’écosystème particulier peut évoluer sur des substrats vaseux, comme c’est le cas la plupart du temps, ou sur des substrats rocheux. 

Sur les substrats vaseux, les palétuviers doivent faire face à un sol meuble, salé et privé d’oxygène car saturé en eau même à marée basse. Ils ont ainsi développés d’étonnantes facultés d’adaptation. Au niveau racinaire, le genre Rhizophora se caractérise par le développement de racines échasses en forme d’arceaux qui assurent un ancrage efficace. Il en est de même pour le genre Bruguiera mais ces dernières sont plus ramassées à la base du tronc (PASKOFF, 2004).  Les espèces d’Avicennia et de Sonneratia ont développées des pneumatophores, soit des appendices d’allures stalagmitiques leur permettant de récupérer de l’O2 (PASKOFF, 2004). En effet, le sol hydromorphe des mangroves est dit « anoxique » car pauvre en dioxygène (structure du sol non poreuse). La viviparité chez les espèces du genre Rhizophora est également un signe d’adaptation aux conditions difficiles du milieu : lorsqu’elles tombent au niveau du sol, les graines déjà germées pourront plus facilement s’implantés lors de leur dispersion soumise aux conditions hydrodynamiques. Les palétuviers sont halophytes, c’est-à-dire qu’ils sont conçus pour supporter de fortes salinités. Leur pression osmotique est élevée. Rhizophora possède un mécanisme de filtrage dans son système racinaire qui empêche le passage du sel. Celui-ci pénètre dans Avicennia mais il est éliminé par excrétion et cristallise à la surface des feuilles (PASKOFF, 2004).

Une soixantaine d’espèces de palétuviers sont présentes dans le monde mais il existe des disparités entre les trois bassins océaniques que sont l’Atlantique, l’océan Indien et le Pacifique. Les espèces sont plus nombreuses dans les mangroves des rivages de l’océan Indien et l’océan Pacifique occidental que dans celles qui bordent les côtes de l’Afrique de l’Ouest et des deux Amériques (PASKOFF, 2004).

Ainsi, 4 espèces sont présentes aux Antilles : Rhizophora mangle, Avicennia germinans, Laguncularia racemosa et Conocarpus erecta. En Guadeloupe, ce dernier est moins abondant et se situe préférentiellement dans les milieux rocheux (ROUSSEL et al. 2009).

En Guyane, on retrouve ces 4 espèces plus Rhizophora racemosa dans la zone de balancement des marées (ROUSSEL et al.).

Dans l’océan Indien, les îles d’Europa et de Juan de Nova connaissent 4 espèces de palétuviers : Avicennia marina, Bruguiera gymnorhiza, Ceriops tagal, Rhizophora mucronata. Il n’y pas de mangroves sur l’île de la Réunion. Mayotte : Rhizophora mucronata, Bruguiera gymnorhiza, Ceriops tagal, Avicennia marina, Sonneratia alba, Lumnitzera racemosa et Xylocarpus granatum (deux dernières plus isolées, dans des secteurs circonscrits de l’île bien définis)

En Nouvelle-Calédonie, 24 espèces de palétuviers composent les mangroves du territoire  dont une espèce de Rhizophora endémique : R. X neocaledonica (VIRLY, 2008). Les formations à Rhizophora spp. dominants  correspondent à 55 % de la surface totale des mangroves et les formations à Avicennia marina en couvrent quant à elles 14 % (VIRLY, 2008).

Toujours dans le Pacifique, l’île de Wallis compte 2 espèces de palétuviers : Bruguiera gymnorhiza et Rhizophora samoensis. Les entités de mangroves évoluent sur des zones bien circonscrites de l’île et n’occupent que 36 ha du littoral (ROUSSEL et al. 2009).

En Polynésie-Française, une présence de palétuviers est attestée sur l’île de Moorea et certains territoires des Îles sous le Vent. Il s’agit de l’espèce Rhizophora stylosa introduite à partir de 1933 à des fins ostréicoles (ROUSSEL et al. 2009).

 

Forêt marécageuse

D’un point de vue géographique, la forêt marécageuse est la formation forestière qui fait suite à la mangrove dans les secteurs inondables (IMBERT et al. 1988). À la différence de cette dernière, la forêt marécageuse évolue dans des eaux peu ou pas salées.  Elle se localise dans les fonds de vallée  ou les plaines inondables littorales, toujours dans des sols hydromorphes. Les cortèges floristiques associés sont beaucoup plus diversifiés qu’en mangrove et diffèrent selon l’aire géographique.

Aux Antilles, la strate arborescente est dominée par une seule espèce, Pterocarpus officinalis, dont l’appellation vernaculaire diffère selon les localités (« Sangdragon » ou « Mangle médaille » en Guadeloupe, « Sangrillo » au Costa Rica, «Moutouchi-marécage » en Guyane…). La physionomie du fruit (en forme de médaille) ou la couleur rougeâtre de sa sève lui ont valu ces noms. L’espèce est beaucoup plus rare en Martinique qu’en Guadeloupe. En Guyane, Pterocarpus officinalis côtoie d’autres espèces dominantes d’arbres de la forêt marécageuse : Euterpe oleracea, Virola surinamensis, Symphonia globulifera, etc. (CADAMURO, 1999). On appelle pinotière les forêts marécageuses guyanaises dominée par l’espèce Euterpe oleracea.

En Nouvelle-Calédonie, dans les dépressions marécageuses périodiquement inondées qui parsèment les plaines littorale, existe une formation spéciale : la forêt marécageuse à niaoulis. Il s’agit d’une forêt dense et fermée dont la strate arborée est représentée par une seule espèce : le niaouli (Melaleuca quinquenervia) qui, les pieds dans l’eau, trouve dans ce milieu son optimum écologique. Les sols sont hydromorphes, avec un horizon de gley en profondeur, et submergés la plus grande partie de l’année (Atlas de la Nouvelle-Calédonie – planche 15).

 

Marais saumâtres, vasières

Les marais littoraux, ou vasières, sont des écosystèmes caractérisés par la présence d’herbacées et d’un sol hydromorphe vaseux. Ils sont également sous l’influence de bon nombre de processus côtiers : marnage déterminant les paramètres de submersion, salinité de l’eau, mouvements sédimentaires…   Quand elle est colonisée par la forêt, la vasière devient une mangrove.

Aux Antilles, les marais saumâtres sont le plus souvent situés entre la mangrove et la forêt marécageuse (IMBERT et al. 1988). La recolonisation de ces étendues par les espèces forestières des environs est également rendue difficile par la densité du couvert herbacé qui gêne la pénétration de leurs semences, celles-ci étant le plus souvent disséminées par flottaison. La lisière entre ces marais et la mangrove est souvent ouverte, comportant une végétation clairsemée. De tels endroits sont particulièrement propices pour les oiseaux d’eau et certains oiseaux marins (hérons, limicoles, poules d’eau…) qui y trouvent une nourriture abondante (IMBERT et al. 1988).

 

Marais intérieurs et savanes inondées de Guyane

Les marais intérieurs se développent sur des sols non salés et gorgés d’eau (IMBERT et al. 1988). Les cortèges faunistiques et floristiques associés diffèrent selon la localisation géographique des territoires d’Outre-mer. Ainsi, en Guadeloupe, la flore est caractérisée par la fougère Thelypteris interrupta, la graminée Echinochloa pyramidalis qui peut atteindre deux mètres de haut et former par endroits de véritables sols flottants qui ondulent sous les pas, l’ « Herbe couteau » Rhynchospora corymbosa qui rend le couvert végétal difficilement pénétrable et l’espèce ligneuse Chrysobalanus icaco. Ces espèces constituent alors des groupements purs ou mélangés que l’on rencontre principalement aux abords de la forêt marécageuse (IMBERT et al. 1988).

En Guyane, le terme de savane renvoie à un type de milieu humide ouvert et inondé, sorte de continuum écologique avec le marais. L’on distingue alors la savane sèche, la savane herbeuse inondable (inondée en saison des pluies et couverte de graminées, de cypéracées et d’arbustes tels que le poirier savane et l’oreille d’âne), la savane arbustive ou arborée composée d’herbes hautes et d’arbrisseaux comme les pruniers icaques et le poirier savane et enfin la savane inondée. Celle-ci, inondée toute l’année, porte également le nom local de « pripris », plus proche de l’écosystème de marais que celui de savane. Il s’agit de grandes étendues sur lesquelles poussent des herbes hautes, des palmiers bâche ainsi que des fougères associées au moucoumoucou, une plante aquatique commune à la tige charnue et épineuse (CNES).

 

Mares

Le Pôle-relais mares, zones humides intérieures et vallées alluviales définit les mares comme «  une étendue d’eau à renouvellement généralement limité, de taille variable et de 5000 m² au maximum. Sa faible profondeur qui peut atteindre environ deux mètres, permet à toutes les couches d’eau d’être sous l’action du rayonnement solaire, ainsi qu’aux plantes de s’enraciner sur tout le fond. De formation naturelle ou anthropique, elle se trouve dans des dépressions imperméables, en contextes rural, périurbain voire urbain. Alimentée par les eaux pluviales et parfois phréatiques, elle peut être associée à un système de fossés qui y pénètrent et en ressortent ; elle exerce alors un rôle tampon au ruissellement. Elle peut être sensible aux variations météorologiques et climatiques, et ainsi être temporaire. La mare constitue un écosystème au fonctionnement complexe, ouvert sur les écosystèmes voisins, qui présente à la fois une forte variabilité biologique et hydrologique interannuelle. Elle possède un fort potentiel biologique et une forte productivité potentielle » (http://www.pole-zhi.org/mare).

En Guadeloupe, le territoire de la Grande Terre est ponctué par de nombreuses mares. Mésestimées et menacées, nombre d’entre elles ont disparues dans les dernières décennies, victimes principalement des remblais pour l’aménagement du territoire. A l’échelle de l’Outre-mer tropical français, c’est l’une des principales menaces qui pèsent sur ces écosystèmes fragiles. Aux Abymes, le territoire des Grands Fonds comprend un réseau d’une soixantaine de mares, dernièrement recensées dans le cadre de l’élaboration du Plan local d’urbanisme.

 

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