Ouragan Irma : quels impacts sur les étangs côtiers de Saint-Martin ?

L’ouragan Irma qui a balayé les Îles du Nord dans la journée du mercredi 6 septembre 2017 – avec des rafales de vent de l’ordre de 350 km/h – a eût des effets catastrophiques tant sur le plan humain qu’environnemental.

Les zones humides de l’île, telles que les étangs, ont subi des dommages considérables. Grâce à un travail réalisé par le service géomatique du Conservatoire du littoral, des images satellites prises avant le passage d’Irma (ortho express, 2017) ont pu être comparée avec des images post-catastrophe (image pléiades, 2017).

Ce travail de comparaison permet d’illustrer l’étendu des dégâts sur certains de ces étangs côtiers, situés en zones basses littorales donc exposés aux phénomènes de submersion. Certains sont ouverts sur la mer (présence d’un exutoire plus ou moins artificialisé) ou séparés d’elle par un cordon sableux. On constate alors, dans plusieurs cas, des modifications géomorphologiques importantes dues au déferlement des vagues qui ont remobilisé les sédiments. Il semble alors que certains étangs ont connu un rétablissement de leur exutoire naturel, induisant un effet de chasse d’eau indispensable à leurs équilibres physico-chimiques et hydrologiques.

 Une récente étude menée par le bureau d’études Ecosphère avait notamment mis en cause – en partie – le rôle du blocage de l’exutoire de certains étangs dans la sénescence de leur mangrove. C’était particulièrement le cas pour l’étang des Barrières (HERTEMAN, 2016). Pour l’étang aux Poissons, qui borde la baie de l’Embouchure, l’étude avait constaté une accumulation sédimentaire à surveiller au niveau de l’exutoire, présageant ainsi un comblement à plus ou moins long terme. Ce risque de comblement menace alors de changer les conditions abiotiques de l’écosystème (hydrologie, salinité, oxygène dissout…) ce qui affecterait irrémédiablement les palétuviers présents dans l’étang. Une action de dragage avait notamment été préconisée (HERTEMAN, 2016). Mais l’un des cas les plus spectaculaires de morphogenèse littorale post-Irma concerne les Salines d’Orients, un écosystème particulier qui comporte une mangrove en son sein.

Il existe un exemple flagrant d’apparition d’une brèche au niveau du littoral sableux de la baie de l’Embouchure. Cette brèche s’est formée par connexion du site des Salines d’Orient à la mer (cf. figure 2).

Figure 1 – Baie de l’Embouchure : la route surlignée en rouge marque la distinction entre les Salines d’Orient, à l’est, et l’étang aux Poissons, à l’ouest (source : © IGN – OrthoExpress 2017)

Figure 2 – Formation d’une brèche au niveau du cordon sableux permettant un lien direct entre les Salines d’Orient et la mer (source : © CNES (2017), Distribution Airbus DS)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le bon état écologique des Salines d’Orients et de ses mangroves ne dépend que de leur connexion avec l’étang aux Poissons, lui-même connecté à l’océan (HERTEMAN, 2016). Cette connexion entre ces deux zones humides doit aboslument être maintenue. C’est comme si les forçages météo-marins de l’ouragan avaient crée une sortie de secours. Il est possible que la remobilisation du sédiment, par la dérive littorale et la houle, puisse aboutir à un comblement de la brèche dans le futur.

L’étang de l’aéroport

L’aéroport de la partie française de Saint-Martin repose en partie sur une zone humide (cf. figure 3).

Figure 3 – Étang de l’aéroport (source : © IGN – OrthoExpress 2017)

 

L’image ci-dessous (cf. figure 4) propose un zoom qui permet de voir que le chenal, dans sa partie aval, est recouvert de sable. Sur la figure 5, on remarque que le chenal rejoint directement la mer.

Figure 4 – Zoom sur le chenal de l’étang de l’aéroport avant Irma (encadré en rouge). On remarque qu’il disparaît au niveau du pont et que la plage forme alors un linéaire continu (source : © IGN – OrthoExpress 2017)

Figure 5 – Étang de l’aéroport après le passage d’Irma. On remarque que l’exutoire de l’étang a été exacerbé, et qu’il découpe le trait de côte (source : © CNES (2017), Distribution Airbus DS)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’exutoire de l’étang aux Poissons

Nous avons évoqué le fait que l’exutoire naturel de l’étang aux Poissons connaissait une accumulation sédimentaire dans sa partie avale et qu’il devait faire l’objet d’un suivi régulier ainsi qu’une action de drainage (HERTEMAN, 2016). Ce phénomène peut-il être lié à la sécheresse de 2015, à cause du régime hydrologique altéré ?

Figure 6 – Partie orientale de la mangrove de l’étang aux Poissons et son exutoire avant Irma : on remarque bien, dans l’encadré rouge, la dynamique morphosédimentaire à l’œuvre (source : © IGN – OrthoExpress 2017)

 

Figure 7 – Zoom sur l’exutoire de l’étang aux Poissons. On remarque les placages sableux en aval de l’exutoire (source : © IGN – OrthoExpress 2017)

Figure 8 – Après le passage d’Irma, l’accumulation de sable en aval de l’exutoire semble s’être amoindrie. Une action de dragage s’est-elle opérée naturellement ? (source : © CNES (2017), Distribution Airbus DS)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ainsi, ce travail de comparaison permet de rendre compte des effets importants des forçages météo-marins sur certaines zones humides côtières du territoire de Saint-Martin. La couleur de l’eau des images satellites post-Irma, particulière et uniforme, témoigne d’un phénomène de vidange qui s’est opéré dans les étangs.

 La catastrophe pose donc la question de la gestion écologique de ces étangs et notamment des questions de continuités écologiques avec le milieu marin, indispensable à la survie des mangroves. 

Les exutoires de certains étangs sont le garant de la bonne santé de leur mangrove : exemple de l’étang de la Barrière (mangrove sénescente avant le passage d’Irma) et surveillance/dragage de l’exutoire de l’étang aux Poissons car accumulation de sédiments dans sa partie aval. Enfin, cas des palétuviers des Salines d’Orient, dont le bon état écologique dépend de la connexion avec l’étang aux Poissons, lui-même dépendant de sa connexion au milieu marin !

« Tant que la circulation de l’eau avec l’étang aux Poissons se fait correctement, un apport d’eau oxygénée et à 35% de salinité se fera, contribuant ainsi au maintien de la végétation [NDLA. Sous entendu « mangrove »] bordant les Salines d’Orient » indique Mélanie Herteman.

D’autres facteurs sont à prendre en compte : une mauvaise gestion des bassins versants (pluie, ruissellement charriant les produits de l’érosion et des pollutions) rentre également en compte dans la qualité écologique des zones humides de Saint-Martin. Dans le nord de l’île, avant le passage d’Irma,  les eaux usées se déversaient dans l’Étang aux Poissons sans aucun traitement. L’aménagement d’une STEP au quartier d’Orléans avait pour vocation justement d’empêcher cette nuisance. Qu’en aurait-il été si l’étang aux Poissons n’avait pas d’exutoire permettant une vidange ? Il semble que les eaux usées auraient fini par avoir raison du « bon état écologique » de l’étang à l’instar de l’étang de la Barrière. Pour preuve, la mangrove de l’étang aux Poissons a tout de même été considérée en « bon état » fin 2016 par rapport à des situations antérieures (HERTEMAN, 2016).

Source

HERTEMAN, Mélanie (2016). Accompagnement des gestionnaires au suivi des étangs et expertise des mangroves de Saint-Martin. Ecosphère. 24 P.

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