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L’Observatoire nationale de la biodiversité publie les chiffres clés de l’année 2018 : quelle situation dans l’outre-mer tropical ?

Chaque année, l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) publie un ensemble d’indicateurs rendant compte à la fois de la dynamique des écosystèmes, de celle des espèces qu’ils abritent et des pressions exercées par les activités humaines. L’interprétation de ces indicateurs permet donc d’évaluer les atteintes que nous portons à la biodiversité de notre territoire, au sens conceptuel du terme.

Ces indicateurs sont également destinés à sensibiliser et informer les pouvoirs publics, la société civile et les citoyens afin d’engager des actions de préservation en faveur du maintien de la biodiversité, du bon état écologique des milieux et du respect des textes législatifs adoptés à divers échelons institutionnels.

Cette nouvelle année 2019 débute donc avec l’actualisation de certaines données, qui confirment malheureusement l’érosion de la biodiversité en France. Pourtant, celle-ci présente de nombreux enjeux de conservation, notamment grâce à ses territoires ultramarins qui concentrent les 4/5 des 19 424 espèces endémiques du pays et 10 % des récifs coralliens mondiaux. Le fait que 81 % des écosystèmes européens soient présents en métropole illustre la grande richesse de la biodiversité française.

L’état des masses d’eaux

Adoptée en octobre 2000, la directive-cadre sur l’eau (DCE) est le texte majeur de la politique de l’eau dans l’Union européenne. Elle offre un cadre structuré et cohérent et engage chaque État membre dans un objectif de protection et de reconquête de la qualité des eaux et des milieux aquatiques. Les milieux concernés sont les eaux de surface, continentales (cours d’eau, plans d’eau), littorales (eaux de transition et côtières) et souterraines.

Chaque État membre s’est engagé à atteindre le bon état écologique des milieux aquatiques avant 2015 mais les efforts à fournir sont tels que plusieurs cycles devront être nécessaires pour arriver – ou non – à l’atteinte des objectifs fixés. Le nouveau cycle d’évaluation de la DCE s’applique pour la période 2016 -2021. Ce sont donc les résultats fournis à l’issus de l’évaluation du cycle dernier (2010-2015) qui sont donc présentés ci-dessous.

La DCE définit le « bon état » d’une masse d’eau de surface lorsque l’état écologique et l’état chimique de celles-ci sont au moins bons.

Adoptée en octobre 2000, la directive-cadre sur l’eau (DCE) est le texte majeur de la politique de l’eau dans l’Union européenne. Elle offre un cadre structuré et cohérent et engage chaque État membre dans un objectif de protection et de reconquête de la qualité des eaux et des milieux aquatiques. Les milieux concernés sont les eaux de surface, continentales (cours d’eau, plans d’eau), littorales (eaux de transition et côtières) et souterraines.

Chaque État membre s’est engagé à atteindre le bon état écologique des milieux aquatiques avant 2015 mais les efforts à fournir sont tels que plusieurs cycles devront être nécessaires pour arriver – ou non – à l’atteinte des objectifs fixés. Le nouveau cycle d’évaluation de la DCE s’applique pour la période 2016 -2021. Ce sont donc les résultats fournis à l’issus de l’évaluation du cycle dernier (2010-2015) qui sont donc présentés ci-dessous.

La DCE définit le « bon état » d’une masse d’eau de surface lorsque l’état écologique et l’état chimique de celles-ci sont au moins bons.

Ce schéma montre l’état écologique des masses d’eau de surface en France au regard des objectifs de la DCE. L’état écologique est déterminé à l’aide d’éléments de qualité biologiques (espèces végétales et animales), hydromorphologiques et physico-chimiques appréciés par des indicateurs (par exemple les indices invertébrés ou poissons en cours d’eau). Presque la moitié des masses d’eaux évaluées ont été jugées en « bon » ou « très bon » état écologique, tandis que l’autre moitié se partage entre état « moyen » ou « médiocre » à « mauvais » pour 16 % d’entre elles.

Source : ONB, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018

 

Les objectifs de 2015 sont donc encore largement hors de portée mais des dérogations existent pour certaines masses d’eau, allant parfois jusqu’en 2027.

La carte suivante permet de spatialiser la donnée évoquée précédemment pour l’ensemble du territoire français. Parmi les territoires ultramarins, ceux des Antilles présentent dans leur ensemble des états moyens à médiocres à la fois pour les eaux continentales et côtières. Ce phénomène peut être en partie relié avec l’emploi du Chlordécone dans l’agriculture, un insecticide interdit en 1993 mais qui présente une rémanence multiséculaire. Une majorité de cours d’eaux de La Réunion sont classés en état « moyens » et Mayotte présente un bilan plus contrasté du point de vue de ses eaux littorales avec des états écologiques « bon » à « médiocre » selon les secteurs géographiques du lagon. Enfin, l’office de l’eau de Guyane estime que « d’un point de vue physico-chimique, seules des anomalies sporadiques ont pu être révélées,  dues à certaines activités temporaires ou mouvantes comme l’orpaillage clandestin ».[1]

Source : Rapportage 2016 des données au titre de la DCE

[1] https://eauguyane.fr/nos-domaines-d-intervention/etude-et-suivi-de-l-eau/qualit%C3%A9-des-milieux-aquatiques

       L’état chimique d’une masse d’eau de surface est déterminé au regard du respect des normes de qualité environnementales (NQE) par le biais de valeurs seuils. Deux classes sont définies : bon (respect) et pas bon (non-respect). À minima, 41 substances sont contrôlées : 8 substances dites dangereuses (annexe IX de la DCE) et 33 substances prioritaires (annexe X de la DCE).

Source : Rapportage 2016 des données au titre de la DCE

Chacun des territoires ultramarins présentent des masses d’eaux de surface en mauvais état chimique, correspondant plus ou moins à leurs enjeux locaux, mais la Guyane se distingue nettement des autres département et régions d’outer-mer (DROM) par une proportion plus élevée de masses d’eaux en mauvais état, en partie liée à un réseau hydrographique beaucoup plus dense et ramifié.  Les eaux littorales de surface du Petit et du Grand-Cul-de-Sac Marin, en Guadeloupe, ne répondent pas aux critères du bon état chimique. Elles correspondent à des bassins versants historiques de culture de la banane ainsi qu’à un bassin industriel et portuaire important.

Les deux cartes suivantes présentent respectivement l’état quantitatif et l’état chimique des masses d’eau souterraine.

Source : Rapportage 2016 des données au titre de la DCE
Source : Rapportage 2016 des données au titre de la DCE

Si l’état quantitatif est bon pour l’ensemble des territoires ultramarins – hormis pour quelques endroits bien localisés de La Réunion – l’état chimique est jugé insatisfaisant pour les territoires antillais et davantage de masses d’eau à La Réunion. En Guadeloupe et en Martinique, l’emploi intensif du Chlordécone pendant plus de 20 ans reste l’une des causes principales, si ce n’est la première. D’ailleurs, la localisation des masses d’eaux souterraines guadeloupéennes en mauvais état chimique correspond à un secteur géographique de culture intensive de la banane. Il en est de même pour la Martinique.

Les récifs coralliens

La France abrite 10 % des récifs coralliens mondiaux (4e rang avec 55 000 km²), répartis au sein de dix collectivités d’outre-mer tropicales : Guadeloupe, Martinique, Mayotte, La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, Saint-Martin, Saint-Barthélemy, Wallis-et-Futuna et les îles Éparses. Dans ce contexte, la France a une responsabilité importante en matière de préservation des écosystèmes coralliens.

Selon l’ONB , « Le recouvrement en corail vivant a diminué dans 29 % des stations suivies, d’après le dernier bilan établi en 2017 […]. Cette évaluation partielle diffère fortement entre les territoires et ne tient pas compte des derniers événements extrêmes (cyclones antillais de 2017, épisode de blanchissement des coraux indo-pacifiques en 2016-2017). »

Source : Source : ONB, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018

Espèces menacées

Selon l’ONB, « 26 % des espèces évaluées sont éteintes ou menacées en France au 1er avril 2018. »

Source

Les espèces exotiques envahissantes

60 des 100 espèces les plus envahissantes au monde étaient présentes dans les outre-mer en 2016. Les zones humides ne sont pas épargnées avec de nombreux taxons faunistiques et floristiques qui peuvent modifier l’équilibre des écosystèmes. Le commerce international et certains loisirs – tels que l’aquariophilie par exemple – en sont de formidables vecteurs. Les territoires du bassin indo-pacifique semblent les plus touchés par ce phénomène.

Source : ONB, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018

Fragmentation des cours d’eaux

On parle de fragmentation des milieux lorsque ces derniers ne sont plus interconnectés dans l’espace : il n’y a plus de continuité écologique en raison de ruptures physiques induites par la présence d’infrastructures et de bâti anthropiques. Les flux de toute sorte qui transite au sein des systèmes sont entravés (population, éléments chimiques, etc.).

Pour les cours d’eau, ces ruptures dans la continuité écologique sont principalement causées par des barrages et des seuils au niveau des rivières et des grands fleuves. Si ces infrastructures permettent de gérer parfois les inondations et de pouvoir construire au plus près des berges, elles sont de véritables obstacles à la migration des espèces. Elles participent de plus à modifier les caractéristiques hydrologiques, physico-chimiques et morphologiques des cours d’eaux.

Source : ONB, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018

Les cours d’eau des départements ultramarins sont moins soumis à la pression de fragmentation.

État des connaissances en outre-mer

Cet indicateur permet de mesurer notre degré de connaissance taxonomique, soit la connaissance des êtres vivants du territoire français. La taxonomie a pour objet la description et la classification du vivant en entités appelés « taxons », dont l’espèce constitue la base de la hiérarchisation.

Selon l’ONB : «  En France, c’est le rôle de la base de données TAXREF, qui référence et organise les noms scientifiques d’espèces de faune, de flore et de champignons recensées en métropole et dans les outre-mer. Un tel référentiel est incontournable pour gérer et partager les données sur les espèces […] L’indicateur présenté ne mesure pas le déficit de connaissances taxonomiques (découverte et description des espèces encore inconnues), mais l’effort de mise à disposition de la connaissance existante. »

Source : ONB, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018

29 % des groupes d’espèces dans les outre-mer sont référencés de façon satisfaisante en octobre 2018.

L’ONB précise : « Si la complétude du référentiel est globalement satisfaisante pour la métropole, d’importants enjeux persistent dans les outre-mer. Fin 2018, il est estimé que seuls 29 % des grands groupes taxonomiques bénéficient d’un référentiel satisfaisant (relativement complet) au regard des connaissances disponibles dans ces territoires ultramarins, avec de fortes disparités d’une collectivité à l’autre. Fruit d’un investissement continu des experts, le travail de compilation de la littérature scientifique à accomplir reste conséquent et suppose la mobilisation de moyens à la hauteur des enjeux de biodiversité des outre-mer. »

Source de l’article

LÉVÊQUE, A. & CERISIER-AUGER, A. 2018. Observatoire National de la Biodiversité, Biodiversité – Les chiffres clés – Édition 2018. Observatoire National de la Biodiversité. 92 p.

Bulletin n°3 : rapportage 2016 des données au titre de la DCE. Édition novembre 2018 – données du rapportage 2016

https://eauguyane.fr/nos-domaines-d-intervention/etude-et-suivi-de-l-eau/qualit%C3%A9-des-milieux-aquatiques