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Appel a contribution et à collaboration: Les Hétéroptères marins : une biodiversité négligée

Les Hétéroptères (Insectes Hémiptères) sont les seuls insectes à avoir conquis le milieu marin. Ces sont des « punaises » marines.

Plusieurs familles sont représentées: les Aepophilidae (une espèce benthique endémique de l’Atlantique, véritable énigme phylogénétique), les Gerridae (avec plusieurs sous familles comme les Halobatinae), les Veliidae, les Hermatobatidae (uniquement des représentants marins), les Omaniidae (ou « coral bugs », du Pacifique et de l’Océan Indien), les Saldidae (ou « shore bugs »)

Parmi ces organismes, les Halobates (Hemiptera, Gerridae, Halobatinae) sont des insectes pélagiques ou côtiers marins qui vivent à la surface des eaux l’océan mondial, estuaires, mangroves et zones coralliennes entre 40°N et 40°S où ils effectuent tout leur cycle de développement. Comme leurs cousins les Gerris (appelés parfois « araignées d’eau ») de nos mares et cours d’eaux ils se déplacent (« patinent », d’ou leur nom anglais de « marine skater ») sur la surface des eaux sur leurs pattes élancées, et utilisent la tension superficielle de l’eau (corps en partie hydrophobe). Les oeufs sont pondus sur les supports flottants, naturels ou artificiels. Ils se nourrissent de plancton de surface (neuston, comme les Siphonophores), qu’ils ponctionnent avec leur rostre piqueur.

Les Halobates sont souvent de couleur gris-bleu et se confondent avec la surface de l’eau. Il sont toujours aptères, le corps mesure 6-7 mm, avec les pattes 1, 5 cm environ (adulte). Les larves (5 stades) mesures de 1, 5 à 5 mm, elles sont semblables à l’adulte à la taille près. Il se capturent au filet à plancton trainant

L’Outre-Mer français est relativement mal connu pour cette biodiversité particulière que constitue les Hétéroptères marins. En effet ces organismes sont délaissés aussi bien par les océanographes biologistes qui souvent en ignorent l’existence et délaissé par les entomologistes, pour qui par principe, les milieux marins ne sont pas pertinents pour étudier les insectes.

Tous les milieux marins sont susceptibles d’héberger des Héteroptères marins, des estuaires aux mangroves, les étendues pélagiques, les zones intertidales coralliennes ou non, les vasières. Les zones coralliennes sont particulièrement intéressantes avec des familles inféodées comme les Omaniidae et les Hermatobatidae. Les mangroves également avec des surprises comme des espèces d’arrière mangroves inféodées aux eaux douces (en Australie).

Nous sommes à la recherche de toute collaboration à ce sujet et pourrons répondre à toute demandes d’identifications de spécimens, expliquer les protocoles de récoltes et de préservation des échantillons. Enfin il faut noter que la position trophique de ces organismes, en tant que prédateur de plancton, neuston et autres organismes, est intéressante pour des projets d’études écotoxicologiques et en tant que proies de nombreux organismes marins (poissons, oiseaux) sont des voies d’entrées de polluants dans la chaine trophique. Dans ce cadre, leur possible relation avec les zones de déchets plastiques a été mise en évidence et c’est l’un des sujets d’études actuels autour de ces organismes.

C’est donc tout un pan de la biodiversité des insectes qui est négligé à cause de leurs affinités marines et nous nous proposons de pallier à cette méconnaissance.

Romain GARROUSTE

Institut de Systématique Evolution Biodiversité (ISYEB),

Département Origine et Evolution du Muséum Natinal d’Histoire Naturelle

UMR 7205 CNRS/MNHN/SU/EPHE garroust@mnhn.fr

 

Halobates micans (adulte prédatant un congénère, Guyane, 2010) photo Romain Garrouste