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A la découverte de Mme Micheline JACQUES, élue au conseil territorial de Saint Barthélémy

Actuellement présidente de l’Agence Territoriale de l’Environnement, élue au conseil territorial de Saint Barthélémy en charge de la commission « Environnement – Qualité de vie – Développement Durable », directrice de l’école de Gustavia, vous possédez de multiples casquettes et êtes très impliquée sur des sujets tels que l’environnement et l’éducation. Comment en êtes-vous arrivée là ? Quel est votre parcours à la fois professionnel et politique ?

J’ai eu la chance et l’immense honneur d’avoir comme professeur de science durant tout mon cursus de collégienne, Mr Michel Magras, aujourd’hui sénateur. Il m’a transmis sa passion pour la nature et l’importance de préserver notre environnement. A l’issue de la classe de 3ème, je suis partie en Guadeloupe poursuivre mes études, j’ai obtenu un bac D, puis j’ai obtenu à la fac de Fouillole un DEUG de Biologie- géologie. J’ai fait partie de la première promotion de la licence d’écologie. Dans le cadre de mes études, j’ai eu l’opportunité de découvrir les différents écosystèmes marins et terrestres que l’on trouve en Guadeloupe. J’ai été marquée en apprenant que le gaïac avait disparu des forêts sèches de Guadeloupe, que mes copains de fac n’en avaient jamais vu. Alors qu’il y en avait énormément dans mon jardin.

Lorsque je rentrais à St-Barth, pour les vacances, je prenais plaisir à redécouvrir mon île et mesurais la chance que j’avais d’y résider. Je me suis investie dans le tissus associatif local, j’aidais les plus jeunes qui avaient quelques soucis scolaires, de là est née ma passion pour l’enseignement. J’ai passé le concours du professorat des écoles. J’ai été nommée sur mon premier poste à l’école de Gustavia en septembre 1997. Soit un an après la création de la réserve naturelle de Saint-Barthélemy. Elle ne faisait pas l’unanimité, les plus anciens ne voyaient pas l’intérêt de préserver le milieu. La mer leur ayant toujours offert ce dont ils avaient besoin pour survivre. Je me suis investie auprès des aînés de mon quartier afin de les informer et de les sensibiliser à la nécessité d’avoir une réserve naturelle.

Depuis, elle est bien intégrée dans la culture locale et son rôle n’est plus à démontrer.

En 2001, Mr Bruno Magras, alors Maire, m’a proposé de rejoindre son équipe, ce que j’ai accepté sans réfléchir. Je souhaitais m’investir encore plus au service de mon île. Le 15 juillet 2007, nous sommes devenus une Collectivité d’outre mer régie par l’article 74 de la Constitution. Tout au long de ces années, je n’ai cessé d’œuvrer au sein de la collectivité dans le domaine de l’éducation, j’ai été à l’origine de la création de la commission culturelle et patrimoniale, j’étais membre du CA de l’agence territoriale de l’environnement (ATE). Notre équipe a été réélue en 2017, le président m’a proposé de prendre la présidence de la commission « Environnement – Qualité de vie – Développement durable ». J’ai été honorée de la confiance qu’il m’a accordée et je mettrai toute mon énergie à suivre la ligne politique mise en place en impliquant la population. J’attache une grande importance à la transmission du savoir et des valeurs éco citoyennes. Je suis très reconnaissante envers Mr Michel Magras, et je le remercie infiniment pour son investissement personnel dans ce qu’est devenue l’île aujourd’hui. Elle récolte les fruits des graines qu’il a semées il y a trente ans dans sa salle de biologie.

Pouvez-vous nous parler des différentes actions que vous avez mises (ou mettez) en œuvre et qui vous tiennent à cœur ?

Je ne suis présidente de la commission environnement depuis à peine un an.

De part mon métier d’enseignante, je suis intimement convaincue que la sensibilisation et l’éducation à l’environnement chez les enfants a bien plus d’impacts que chez les adultes. Les enfants ont cette franchise et cette candeur qui fait qu’ils sont les meilleurs ambassadeurs pour faire passer des messages forts et impliquer leurs parents dans la démarche éco citoyenne.

Nous avons accentué le travail pédagogique déjà entamé avec les collégiens dans le cadre des itinéraires de découvertes. Nous avons mis en place un programme éducatif basé sur la découverte des baleines et des tortues marines avec les élèves de CE1 et ceux de CM1 de toutes les écoles de l’île. L’ATE accompagne une classe dans un projet d’aire marine éducative. L’objectif étant de créer un sentier sous marin. Un grand programme de replantation est en cours, l’objectif étant de participer à la remise en état des sites du littoral.

Quelles sont, selon vous, les principales priorités et problématiques environnementales au sein de votre collectivité ?

La grosse priorité est la préservation des écosystèmes, sur lesquels pèsent de grosses menaces :

– l’importation massive de plantes ornementales ;

– la prolifération des chèvres sauvages qui détruisent la végétation déjà très impactée par l’ouragan Irma et qui contribuent à l’érosion des sols. D’où un apport important d’éléments terrigènes au niveau marin.

– Les chats sauvages qui détruisent les petits animaux.

Toutes ces problématiques relèvent du code rural national qui s’applique de plein droit à Saint-Barthélemy. Des adaptations spécifiques y sont apportées.

Vous souhaitez mettre en place les 1ères assises de l’environnement, en y intégrant la population. En quoi consistent ces assises ? Quels en sont les principaux objectifs ?

La violence de l’ouragan que nous avons vécu nous rappelle à quel point nous sommes vulnérables face aux éléments naturels et nous fait prendre conscience que notre île et l’Outre-mer en général sont les premiers impactés par le réchauffement climatique. Je constate qu’il y a une prise de conscience collective des enjeux environnementaux. Je reste convaincue qu’une réglementation serait mieux accueillie par la population si elle avait contribué à son élaboration. La qualité de notre cadre de vie passe par la préservation de notre environnement. Il appartient à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice. Ces assises consisteraient en la mise en place de tables rondes avec des intervenants de divers domaines sur des sujets bien précis. Le résultat du travail serait présenté le soir lors de conférences publiques avec la mise en exergue de d’engagements forts.

L’objectif premier étant d’affiner notre politique environnementale en l’adaptant aux problématiques rencontrée avec des objectifs à atteindre à court, moyen et long terme.

Il nous faut agir et cela passe par une adhésion collective. Notre île pourrait devenir un pôle expérimental et à moyen terme une vitrine de la France.

Au pôle relais zones humides tropicales, nous nous intéressons en particulier aux milieux humides. Suite au passage du cyclone Irma sur Saint Barthélémy, les zones humides de l’île, tels que les étangs et la Grande Saline, ont subi des dommages considérables. Quel avenir pour ces écosystèmes ? Quelles actions à court et long termes sont envisagées par la collectivité ?

Bien avant l’ouragan Irma, nous avons lancé un vaste chantier de réhabilitation de l’étang de Saint-Jean. Cela consiste a lui redonner de la profondeur afin qu’il puisse jouer son rôle de bassin décanteur, permettre à la faune aquatique de se développer de nouveau et redonner vie au milieu. Le chantier qui a pris du retard à cause de l’ouragan. Les travaux ont redémarré rapidement. Nous constatons déjà un retour significatif de l’avifaune.

Concernant les étangs de grand cul de sac, les petits étangs et l’étang de petit cul de sac, la situation est plus complexe car ils sont la propriété de particuliers. La Collectivité négocie leur rachat, l’idée étant de les réhabiliter aussi. Néanmoins, des études serons lancées afin d’évaluer le risque de pollution et le type de travaux le mieux adapté à chaque site.

En ce qui concerne la grande saline, nous avons émis le souhait de réaliser tout un projet patrimonial avec la réhabilitation et la mise en service d’un ou deux carreaux à sel. La création d’un petit musée du sel retraçant toute l’histoire de ce lieu. Elle reste un lieu de prédilection pour la nidification de certaines espèces d’oiseaux. Il est à noter que bien qu’étant devenue récemment propriétaire du marais salant, la Collectivité est confronté à des problématiques liées à la proximité de terrains privés. Il reste quelques points d’ordre juridique à régler. Les élus ont dû faire des choix dans le cadre de la reconstruction et prioriser la sécurité des personnes pour la prochaine période cyclonique qui débute au mois de juin. Ce projet nous tient à cœur et j’espère que nous pourrons le lancer rapidement. Il est entendu que nous ferons appel à l’expertise de spécialistes.