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Multiplication des échouages massifs de Sargasses en Guyane et dans les Antilles depuis 2011 : des mangroves et des zones humides non épargnées

Depuis 2011, des échouages massifs d’algues brunes, appelées « Sargasses », sont régulièrement observés sur les littoraux de Guyane et des Antilles, notamment sur la partie atlantique de celles-ci. Ce phénomène tend à devenir de plus en plus important et ces échouages sont considérés désormais comme un risque à part entière. Présentes naturellement dans le milieu, ayant même un rôle dans le fonctionnement des écosystèmes marins et côtiers, ces algues prolifèrent au point de provoquer des nuisances sur divers points. Les explications scientifiques tentant d’expliquer ce phénomène restent hypothétiques : changement climatique ou rejets massifs de nitrates et de phosphates issus du développement de l’agriculture intensive et de la déforestation du bassin amazonien sont régulièrement avancés.

     L’échouage de Sargasses peut poser des problèmes sanitaires dus à la production d’un gaz mortel à un certain seuil – l’hydrogène sulfuré issu de la décomposition des algues. Leur accumulation a des incidences néfastes sur l’économie des îles, portant des préjudices aux activités touristiques (baignade, impacts paysagers…) ou à la pêche artisanale lorsque les algues, situées à proximité de la côte ou des ports, entravent la sortie des bateaux et certaines pratiques comme la pêche à la traîne ou aux filets.

Si la dérive en mer et l’échouage de Sargasses jouent un rôle clef dans la structuration des écosystèmes (rôle de nurserie pour certaines espèces pélagiques, amortissement de la houle, niche écologique pour les espèces du domaine infra-littoral, etc.), leur caractère massif tend à perturber le fonctionnement du milieu naturel. Ainsi, leur couverture trop importante participe à diminuer la pénétration lumineuse dans l’eau, mettant ainsi en danger les herbiers sous-marins et la faune qui en dépend. L’accumulation sur la plage peut interférer avec la ponte des tortues Luth, à cause de son emprise spatiale trop importante. Mêmes les mangroves et certaines zones humides sont concernées : l’échouage de Sargasses peut étouffer les végétaux des mangroves, les racines des palétuviers et mettre ainsi en péril cet écosystème particulier. Cependant, celui-ci semble plus résilient dans la mesure où l’apport d’eau continentale issue du bassin versant participe à repousser les algues plus au large.

Afin de remédier aux problèmes grandissants liés à la prolifération des Sargasses dans cette partie du globe – traduisant ainsi un déséquilibre dans le fonctionnement des écosystèmes – une mission interministérielle a vu le jour en 2016. Son rôle est de déboucher sur la mise en place de mesures de gestion concrètes et effectives pour limiter les préjudices à l’environnement et aux sociétés humaines. Le rapport de cette mission interministérielle aborde notamment la question du ramassage et du stockage de ces algues. Ces deux pratiques ont des effets néfastes potentiels pouvant conduire à l’altération physico-chimique du substrat et des nappes phréatiques, par exemple, et donc de la faune et de la flore associées. Quels sont les avantages et les inconvénients liés aux différentes techniques employées, qu’il s’agisse du ramassage manuel par le biais de « brigade verte », de ramassage mécanique employant divers types d’engins ou encore de la question du ramassage en mer ? Telles sont les problématiques abordées par ce rapport dans un premier temps.

Un autre point important réside dans la question de la revalorisation de ces déchets. Le développement et la consolidation d’une filière de revalorisation sont préconisés pour une meilleure gestion : les algues présentent une valeur agronomique modérée mais pourraient participer à enrichir les sols cultivés. Des effets antiparasitaires ont été démontrés pour certains types de cultures comme les vergers par exemple. Cependant, le rapport pointe l’existence d’algues contaminées par des produits toxiques (cas du chlordécone) lors de leur voyage en mer ou de leur stockage en terre.

Le rapport pointe également la possibilité d’utiliser ces algues pour la production d’énergie -par le biais de la méthanisation par exemple – ou encore dans le domaine de la chimie organique : alginates entrant dans la composition de certains aliments pour le bétail ou les humains, développement de produits cosmétiques ou encore pharmaceutiques.

Enfin, la mission pointe notamment des déficits dans la gestion locale de ces déchets. Une meilleure coopération est préconisée entre structures locales et services de l’État pour arriver à une gestion efficiente, que cela concerne le financement des opérations de ramassage, le suivi des nappes alguales, et la mobilisation d’équipes techniques.

Pour en savoir plus : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/164000619/

Crédit : DEAL Martinique -Préfecture SIDPG
Crédit : DEAL Martinique -Préfecture SIDPG